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EN VEDETTE

PATRICE VERMETTE: CONCEPTEUR ARTISTIQUE

Vous avez travaillé sur plusieurs grands films, notamment C.R.A.Z.Y., Ennemi, Sicario et L’arrivée. Comment procède-t-on pour concevoir des univers avec des factures visuelles aussi frappantes? D’où vient votre inspiration?

Mon approche est toujours sensiblement la même. Après avoir lu le scénario la première fois, instinctivement, je me mets à collectionner des images, à faire des croquis. C’est un peu mon étape scrapbooking. Je les divise par lieux où se déroule l’action. Des images de textures, de lumière, de lieux, de coloration, d’installations artistiques… Tout ce qui me passe par l’esprit et qui a été influencé et inspiré par la première lecture. Dans un deuxième temps, je passe à une phase d’intellectualisation. J’essaie d’aller vers le symbolisme afin de créer des métaphores visuelles qui appuieront les scènes, l’évolution des personnages… Ces deux étapes se fondent assez facilement et naturellement. Je construis des mood boards qui m’aident à communiquer et à échanger avec le réalisateur, le directeur photo, les régisseurs d’extérieurs et bien sûr la production. C’est l’étape primordiale de mon approche et c’est ce qui détermine la suite des choses. Par la suite, tout le monde peut construire dans la même direction. J’ai vraiment l’impression que les décors, tout comme la photo, la musique, les costumes, existent pour appuyer l’histoire et non s’en emparer… Il faut être invisible et rester au service du film. Tout est une question de modulation. Un peu comme une ligne de base. 

Quels conseils donneriez-vous à d’autres concepteurs artistiques pour qu’ils excellent dans leur travail?

En fait, il faut rester soi-même. Ça semble un peu drôle à dire, mais il faut être honnête dans notre approche. C’est le meilleur appui que l’on puisse donner au réalisateur. C’est pour ça qu’il nous engage. Notre opinion est un outil. Il ne faut jamais faire de second guessing afin de plaire. C’est la pire des erreurs. Quitte à ne pas prendre un boulot. Je ne pourrais pas donner le meilleur de moi-même si je ne croyais pas à 100% à un projet.

L’autre conseil que je pourrais donner, c’est d’être conscient de ses forces, mais surtout de ses faiblesses, et qu’il faut s’entourer des meilleurs gens possible, qui sauront pallier celles-ci.

À quoi ressemble une journée typique pour vous sur un plateau?

Une journée typique pour moi sur un plateau est relativement simple si la préparation a bien été faite. Théoriquement, il ne devrait y avoir de surprises pour personne. Donc je présente le décor avec mon chef décorateur et mon directeur artistique, et nous expliquons à l’équipe les derniers détails… Ensuite, il faut repartir afin de préparer les journées qui viennent et s’assurer qu’il n’y aura pas de problèmes lorsque l’équipe technique se présentera pour les jours de tournage futurs. En fait, l’équipe de direction artistique et de décorateurs travaille beaucoup avant l’équipe de tournage. 

Comment êtes-vous devenu concepteur artistique? Quelles ont été les étapes de votre parcours?

Plus jeune, à l’université Concordia, je rêvais d’écrire de la musique pour films et de réaliser des albums… Je suis un peu passé à côté de mon choix de carrière… Mais en fait, je considère que c’est très similaire. Il faut créer des atmosphères et essayer de comprendre le sens profond des scènes afin de leur donner une couleur propre.

J’ai commencé mon apprentissage à travers les vidéoclips, les courts métrages et la pub… Beaucoup de pubs… Beaucoup trop de pubs… C’est à travers ce cheminement que j’ai rencontré des gens et des réalisateurs extraordinaires avec qui j’ai eu l’immense plaisir et la chance de développer des affinités, et surtout de partager des rêves.

Ce que je retiens, c’est qu’à travers les clips on apprend surtout de ses erreurs et aussi à développer son style. La pub nous enseigne la précision, l’art de vendre (ce qui n’est pas rien) et de parfaire une certaine signature. Les courts métrages nous amènent à raconter de vraies histoires et à mettre en œuvre ce que l’on a appris.

Comment la Guilde a-t-elle contribué à faire avancer votre carrière de concepteur artistique?

La Guilde m’a aidé à consolider mon expérience une fois que je suis entré dans le monde du long métrage. La Guilde est une association essentielle au bon développement de notre métier. Pour nous et pour les générations futures. Tout comme les autres associations le font déjà, il est primordial que la Guilde puisse représenter les concepteurs artistiques au-delà du long métrage.

Parlez-nous de votre participation aux Prix de la Guilde et du nouveau Prix découverte de la Guilde?

J’ai toujours été intéressé par le cinéma canadien en général.

Au Québec, nous avons l’immense chance d’avoir notre langue et, par le fait même, nous avons pu développer notre propre star system. Ceci nous a permis d’exposer notre identité et celle de nos créateurs.

Par ailleurs, j’ai vraiment l’impression qu’il y a un énorme combat au Canada anglais. Il y a tellement de talent, mais ce talent a de la difficulté à faire surface, car il semble noyé dans l’offre du cinéma américain qui dispose de beaucoup plus grands moyens financier de promotion. Je trouve ça triste. Il faut trouver ensemble des solutions afin de donner plus de visibilité au talent canadien.

Nous avons la chance de créer à l’intérieur d’un système subventionné à 100%, qui n’est pas basé sur les succès au box-office. C’est énorme, il faut continuer à se servir de ce levier afin de développer notre propre identité. Une signature forte.

Les films soumis pour le Prix découverte de la Guilde n’ont fait que confirmer l’immense diversité et l’avenir prometteur du talent canadien. 

Quel est votre projet préféré à ce jour, et pourquoi?

Sérieusement, ils sont tous différents. J’ai embarqué à plus de 100% dans chacun, et ils m’ont tous apporté quelque chose de nouveau, j’ai grandi à travers chacun d’eux.

C’est comme une chaîne. Chaque maille est importante. Sans Les Mots Magiques, il n’y aurait pas eu C.R.A.Z.Y. Ce film nous a donné des ailes et le désir d’aller plus loin. Sans ce film, il n’y aurait pas eu la possibilité d’aller s’amuser en Angleterre pour Young Victoria… Sans ce dernier, il n’y aurait pas eu de nomination aux oscars…

Enemy est une rencontre artistique et une approche libre. Un trip de chums. Sans Enemy ni Young Victoria, il n’y aurait pas eu Prisoners et ainsi de suite.

1981 et 1987 sont des films qui m’ont fait un bien énorme.

Arrival a été une expérience extraordinaire et aussi très personnelle l’année dernière.

Il y a le cinéma mais, à travers les films, il y a les rencontres, les amitiés et le partage entre gens tout aussi passionnés. C’est ce qui est le plus beau dans ce métier. La charge d’énergie de tous ces gens qui vont dans la même direction. Ce n’est pas un métier, c’est une vocation. 

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Patrice Vermette est un concepteur artistique et directeur artistique canadien qui a remporté de nombreux prix, incluant le Genie et le Jutra de la meilleure direction artistique pour C.R.A.Z.Y.  Il a également collaboré aux films 1981, La Cité, Café de Flore, Enemy, Sicario et, plus récemment, à Arrival. Patrice Vermette a aussi été en nomination pour l’oscar de la meilleure direction artistique pour le film Victoria: Les Jeunes années d’une reine.

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